Brèves de rentrée #1

Dans une autre vie, j’étais professeur des écoles. Avec la rentrée qui approche, même si j’ai raccroché le cartable, j’ai eu envie d’écrire sur cet univers scolaire. Voici le premier texte d’une petite série sur la rentrée des classes.

Vendredi 30 août

Souligné en rouge dans l’agenda : 9H : réunion de placement, Inspection de Grandville. 

8h40. Et meeerde. Julie savait qu’elle aurait dû partir plus tôt. Elle connaissait pourtant le piège. Elle était tombée dedans. une fois de plus. Grandville, le matin, c’était le cauchemar. Elle le savait, bon sang, elle le savait ! 

Combien de fois s’était-elle fait avoir ? 

Excédé, elle tapota nerveusement son volant. Feu rouge. Evidemment. Mais qu’est-ce qu’il était long ! Et bien sûr, elle se les tapait tous depuis son arrivée dans Grandville. Classique. Quand on est bien à la bourre, les feux rouges se liguent contre vous. 

8h45. A tous les coups, c’était mort pour avoir une place dans la rue de l’inspection. Elle allait devoir se taper une place dans le centre ville et se faire racketter par un parcmètre. Merde. 

8h47. Bon. Pas de place dans la rue de l’inspection. Fallait bien vérifier. Il y avait même un gros con sur la place handicapé. Elle avait vérifié, pas de carte de stationnement handicapé. Connard. Ou Connasse. Allez savoir. 

8h48. Rien dans les rues adjacentes. Bon, c’était pas tout ça, mais il fallait vite trouver une place. 

8h50. Allons bon. Direction le centre ville. Elle n’allait pas attendre qu’une place se libérât par magie. 

8h53. Le stressomètre commençait sérieusement à monter. Merde. Merde. Sérieusement, leur réunion à la noix le jour de la pré-rentrée, ça la gonflait. De toute façon , il n’y aurait que des postes pourris, genre le quatre quarts de décharge entre Trifouillis-les-oies, Trouduculdumonde, Bledpaumé et Troploin-sur-mer. Ou ZIL dans la ZUS du secteur à se taper les remplacements successifs des collègues qui lâchaient au fur et à mesure. Ou un poste dans le pire ITEP du département. Ou décharge en ZUS avec mi-temps en ITEP à Trouduculdumonde, ou… 

Une place ! une place !

8h58. Pas le temps pour une clope. Julie grimpa quatre à quatre les escaliers et se retrouva vite essoufflée. Bonne résolution de rentrée : arrêter de fumer. Pendant une semaine.  

Elle avait des auréoles sous les bras, en plus. Faire du sport aussi serait pas mal. 

8h59. Elle salua la secrétaire, Mme Alphonse. Sept ans que Julie était dans cette circo et Mme Alphonse faisait partie des meubles. Elle était très sympa et si on l’avait à la bonne, elle pouvait être arrangeante en cas de remplacement pourri qui tombait mal. 

Sept ans. La vache. C’était vrai. Déjà. 

Sept ans et toujours pas de poste fixe. Enfin, si, elle avait eu le fameux “Poste d’Adjoint à titre définitif” une fois. Puis, paf ! Fermeture de classe et elle avait sauté, comme elle était arrivée en dernier. 

Sept ans à enchaîner des postes moisis; des quarts et demis décharges, des remplacements là où personne ne voulait aller. Sept ans à s’entendre demander quand est-ce qu’elle allait être “une vraie maîtresse”. Les gens ignoraient qu’elle était en poste. Un poste pourri, mais un poste, quoi. Elle tuerait pour avoir un poste à titre définitif. Pas devoir se farcir les miettes de postes au placement de septembre, attendant la pré-rentrée pour savoir où elle allait être catapultée. Mais pas assez de points. Quand à sortir du département, c’était mission impossible, à moins d’être unijambiste avec des triplés handicapés. 

9h00. Vite. Julie se glissa dans la salle de réunion avant l’arrivée de l’inspecteur. Un signe discret à un collègue qu’elle avait aperçu, un coup d’oeil vite fait aux têtes connues et aux petits jeunes timides. 

10h30. Rien. Pas de classe, juste MAD. Elle ira donc dans son école de rattachement. Ca lui allait. Elle avait l’habitude. C’était sympa quand même, les remplacements au pied levé. Parcourir le secteur, voir un peu de tout, rencontrer plein de monde, éviter les ambiances pourries à l’année. Il y avait juste ce stress du coup de fil du matin, mais Julie aimait l’aventure. 

16h30. Après avoir passé la journée à aider des collègues ravis d’avoir un coup de main, Julie rentra chez elle. Ce week-end, elle mettrait en ordre sa malette de remplaçante avec les activités qu’elle gardait sous le coude en cas de besoin. Parfois, il arrivait que le collègue ne laisse rien et il fallait improviser. C’était donc sa mallette magique. 

17h00. Alors qu’elle arrivait dans sa rue, les premières notes de Kids aren’t all right retentirent dans l’habitacle. 

Mme Alphonse. 

Changement de plan. 

Lundi, Julie serait sur une ouverture de classe. Un CP/CE1. Pas trop loin. Julie connaissait l’école en plus. La secrétaire de mairie l’attendait demain pour lui donner les clés. 

D’accord. 

Pas de panique. Elle avait deux jours pour préparer quelque chose.

Elle était large.

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