Brèves de rentrée #3

Dimanche 1er septembre

Huit heures. Laurent terminait son petit déjeuner. Il regarda par la fenêtre. Nuageux. Quelques éclaircies. Parfait.

La course à pieds sous le cagnard, c’était juste l’horreur. 

Il enfila sa tenue, ses chaussures de running, glissa son smartphone dans la pochette attachée à son bras. Mathis émergea de la chambre à coucher parentale. Petit câlin du dimanche matin dans le lit avec maman pour ce grand bonhomme qui rentrait déjà en CP. 

Laurent lui fit un petit signe avant de sortir de la maison. Écouteurs dans les oreilles, c’était parti pour quinze kilomètres. 

Laurent été content que Christelle ait Mathis dans sa classe. Elle connaissait ses petites difficultés et n’avait pas souhaité le déstabiliser avec le double niveau. Il lui en était reconnaissant. Ca allait bien se passer.

“Bonjour, maître !” 

Laurent répondit au salut de Timéo qui habitait dans sa rue. Il était drôlement matinal. Encore en pyjama, il jouait aux petites voitures sur le pas de sa porte. En voilà en un autre qui avait besoin d’être préservé. Laurent avait appris avec agacement le contretemps de l’attribution de son AVS. 

Il y avait franchement quelque chose de pourri dans ce système. 

Il y avait des jours où il fallait vraiment avoir la foi. 

Est-ce qu’il se mettaient un peu à la place des enseignants, des parents et des gamins, eux là-haut ? 

Il y avait des jours où Laurent en avait un peu assez du système. Des jours où il était découragé. Où il sentait vraiment qu’il était un engrenage dans une usine de tri. 

Toute cette histoire d’égalité des chances n’était qu’une vaste fumisterie. De la poudre aux yeux pour endormir les gens. 

Egalité des chances…

Quelles étaient celles de Timéo, noyé, perdu dès qu’il était en classe ? 

Même si la différenciation pédagogique ne posait pas de problème à Laurent, et cela faisait partie de son “référentiel de compétences professionnelles”, Timéo avait besoin ‘un adulte à ses côtés. Christelle avait bien insisté là dessus et même les collègues de maternelle avaient tiré les sonnettes d’alarme ! L’enseignant seul ne pouvait pas apporter tout le soutien dont ce ptit bonhomme avait besoin. Il y avait la vingtaine d’autres élèves qui avait également besoin d’aide et de support. Il se devait de donner le meilleur de lui-même pour eux aussi. 

Toutes ces pensées négatives la veille de la rentrée… Ce n’était pas bon. Laurent se focalisa donc sur sa respiration.

Inspire. Expire.

Tout doucement. Profondément.

Il fallait gérer le souffle sur quinze kilomètres. 

Il laissa donc les pensées aller et venir dans sa tête. Sa foulée s’allégea. Il ne peut cependant s’empêcher de repasser mentalement la liste de ce qu’il avait à faire avant demain pour vérifier que tout était effectivement prêt.

Laurent n’était que depuis trois ans sur le CE1, avec un passage avec le CE1/CE2, et il avait donc pu prendre ses marques. Ce niveau lui plaisait bien, alors il comptait le garder le plus longtemps possible. Cette année, il voulait tester mettre en place la méthode de mathématiques Singapour, dont il avait entendu beaucoup de bien et tout ce qu’il avait lu sur le sujet lui avait plu. Il avait donc consacré une partie de sa préparation de rentrée à la mise en place de cette nouveauté. 

Mise à part la sélection de petits romans pour le rallye lecture qu’il avait changée, globalement, tout était à peu près pareil que l’année précédente. 

Un sourire se dessina sur ses lèvres. Il avait hâte de reprendre. Une nouvelle année, c’était plein de promesses. Peut-être que son idée de yoga en classe allait plaire à la collègue de CP/CE1. Les autres avaient un peu ri lorsqu’il avait proposé d’expérimenter quelque chose pour calmer un peu les esprits en début d’après-midi. Le retour de la pause était parfois très compliqué à gérer. 

Laurent ne s’était pas vraiment vexé, les idées un peu osées n’étaient pas toujours bien accueillies. Mais il avait quand même tenu à son idée et l’avait mise en pratique dans sa classe. Au début, les enfants avaient ri, décontenancés. Puis ils avaient joué le jeu et quelques semaines après, ils réclamaient leur séance à peine rentrés dans la classe. Et c’était pour ça qu’il allait recommencer cette année. 

Les quinze kilomètres dans les jambes, Laurent retrouva la maisonnée réveillée. Le café qui embaumait la cuisine, Mathis qui jouait dans la véranda, Delphine qui finissait de remplir le livre photo des vacances. Un douche plus tard et il se joignit à eux. 

Le cartable de ceux qui reprenaient le chemin de l’école le lendemain était prêt. Il n’y avait plus qu’à profiter de ce dernier dimanche tranquillement. 

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